Interview : Math Se Fait Des Films parle de YouTube et de sa relation avec les marques

Mathieu Jonckheere, plus connu sous le pseudonyme Math Se Fait Des Films, est un YouTubeur belge qui comptabilise plus de 400 000 abonnés sur sa chaîne. Il est revenu sur son parcours et nous a parlé de sa relation avec les marques.
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Peux-tu te présenter et nous expliquer ce que tu fais ? 

M. : Je m’appelle Mathieu et j’ai une chaîne YouTube (Math Se Fait Des Films) depuis bientôt 3 ans. Je parodie des films, comme quelqu’un le ferait de manière naturelle lorsqu’il regarde un film, et je pointe du doigt les incohérences et les dialogues un peu « bizarres ».

Je ne me considère pas comme un critique car je ne suis pas assez connaisseur pour relever des aspects plus techniques. Je propose quelque chose de plus léger.

 

YouTubeur… Est-ce une passion ou un métier ?

M. : Les deux. C’est d’abord une passion car j’aime jouer, faire la comédie et j’adore le cinéma. YouTube a été un outil pour le faire.

J’ai encore un emploi à côté mais d’ici quelques semaines, ça va devenir mon métier à 100% car j’ai obtenu le statut d’indépendant complémentaire (l’équivalent du statut d’auto-entrepreneur en France).

 

Tu as plus de 400.000 abonnés sur YouTube et près de 45 millions de vues sur tes vidéos. Comment expliques-tu ce succès ?

M. : Succès…c’est un grand mot. Disons que ça va plutôt pas mal. Le concept de ma chaîne est assez « spécial ». On ne sait pas vraiment si on doit la ranger dans la catégorie « critique cinéma » ou dans celle du « divertissement ».

Je pense que c’est cet entre-deux qui a plu aux gens. A l’époque, il y avait des critiques cinéma purs, mais sans ce côté léger.

Disons que ma chaîne est un mélange entre ce que l’on peut voir sur la chaîne du Studio Bagel, qui met en scène des films de façon humoristique, et le critique qui fait un bilan sur le film qu’il vient de voir.

Es-tu régulièrement sollicité par les marques ?

M. : Oui, ça devient assez fréquent. Ma dernière vidéo (Si Valérian rencontrait Lucy) est d’ailleurs le fruit d’une collaboration avec Orange.

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Ces partenariats étaient-ils tous de bonnes expériences ?

M. : Il y a eu des bonnes et des mauvaises expériences. Des marques comme Orange ont l’habitude de faire du marketing d’influence et savent comment les YouTubeurs travaillent. D’autres commencent à peine à s’intéresser à ce canal de communication et ont une approche trop « limitée » à ce que l’on fait à la télévision ou à la radio. Je pense que certaines marques n’ont pas encore totalement compris comment les nouveaux médias comme YouTube fonctionnent.

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D’ailleurs, quel est ton avis sur les placements de produits ?

M. : Je comprends que ça puisse agacer certaines personnes mais je pense que tout est dans la manière de l’amener. Lorsque le placement de produit saute aux yeux mais qu’il n’est pas assumé par le YouTubeur, les gens auront l’impression d’être pris pour des cons.

Lorsque je fais des placements de produits dans mes podcasts humoristiques, j’en fais une blague et ma communauté le prend très bien. Je ne sais pas si j’ai de la chance, mais je n’ai jamais eu de souci avec mes abonnés. Je pense donc qu’il y a une façon de le faire.

Certains YouTubeurs sont opposés à ce genre d’opération commerciale et estiment qu’ils trahissent leurs « viewers » en leur imposant de regarder les produits en question.

Mais la vérité, c’est que lorsqu’on regarde la télévision ou qu’on écoute la radio, il y a des publicités à tire-larigot. Chacun est à même de faire la part des choses.

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Quelles sont, selon toi, les bonnes et les mauvaises pratiques des marques ?

M. : Je pense que l’une des mauvaises pratiques des marques, et je parle avec mon humble expérience, est de vouloir absolument imposer un scénario aux YouTubeurs, comme elles le feraient pour des publicités traditionnelles à la télévision.

Le rapport entre ces deux médias est totalement différent et certaines marques ne l’ont pas encore compris.

Par exemple, elles ne veulent parfois pas dire que c’est un placement de produit car elles estiment que c’est « anti-commercial ».

Mais les gens savent très bien qu’il s’agit d’un placement de produit. Pour être crédible, le placement de produit ne doit pas être un « sous-marin commercial » mais doit être franc et assumé.

Pour moi, les marques devraient s’intéresser davantage au travail du vidéaste.

Un jour, une marque m’a contacté pour faire un partenariat. On avait alors mis en place un script et elle a réagi sur plusieurs aspects qui auraient été évidents si elle connaissait mon humour et ma manière de travailler.

Il ne suffit pas de mettre un produit sur la chaîne d’un YouTubeur qui fait plusieurs milliers voire millions de vues pour que ça marche. L’image du YouTubeur doit aussi et surtout correspondre à celle de la marque.

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Si tu avais un conseil à donner au directeur marketing d’une marque, quel serait-il ?

M. : Il faut continuer à croire en YouTube et tous ces nouveaux médias. Je pense vraiment que c’est l’avenir.

En Belgique, la moyenne d’âge des gens qui regardent la télévision est assez élevée. Les jeunes sont beaucoup plus portés sur les réseaux sociaux comme YouTube, Facebook, Twitter, Instagram ou Snapchat.

Les marques commencent tout doucement à prendre conscience que c’est sur Internet qu’il faut accentuer les campagnes de communication.

D’ailleurs, mon entourage me fait parfois remarquer que certaines vidéos YouTube font plus d’audience et génèrent plus d’interactions que des émissions télévisées, alors qu’il n’y a ni appui ni budget à la base. C’est dire l’impact de YouTube.

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Tes vidéos mêlent humour et cinéma. As-tu des projets dans le 7ème art ?

M. : J’aimerais bien. C’est un milieu qui me fait de l’œil depuis un moment. Jimmy Labeeu par exemple, pour parler d’un YouTubeur belge, a réussi cette intégration cinématographique.

Je n’ai pas de projet précis mais c’est un milieu sur lequel je vais miser à l’avenir…

 

Tu es très à l’aise devant la caméra. Souhaiterais-tu un jour faire des prises de parole thématiques devant un auditoire ?

M. : Oui, pourquoi pas. Je suis déjà intervenu dans une université en Belgique. J’avais l’impression de donner un pseudo-cours, c’était cool.

L’échange était très convivial. C’est une autre façon de s’exprimer donc oui, pourquoi pas !